17/01/2010

un siècle sans identité ?

Je suis arrivé à un âge où je m'arrête aussi aux pages nécrologiques  quand je lis la TG ou un autre quotidien. Et là, récemment, au hasard de mes lectures, je découvre un avis mortuaire concernant Madame Pierre (...) décédée à l'âge de 100 ans.

Vous rendez-vous compte ? 100 ans sans que cette femme n'ait sa propre identité ! 100 ans sans que son prénom ne soit mentionné. L'inégalité jusque dans la tombe. Décidément la gent masculine est encore assez nettement plus égale que la féminine !

11:21 Publié dans Femmes | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

C'est aussi ce que je pensais, jusqu'au décès de mon père.
Ma mère, qui a toujours tenu à ce qu'on ajoutât son nom de jeune fille au nom de mon père, qui a, dès que ce fut à nouveau possible, revendiqué la réintégration de sa bourgeoisie d'origine, ma mère a maintenu le prénom de mon père dans l'annuaire, l'adresse officielle de sa maison... Pour elle, c'est maintenir un lien direct avec son époux, le garder encore vivant un peu.
Alors peut-être que Madame Pierre Untel souhaitait-elle aussi perpétuer une ultime fois le nom de celui qu'elle a aimé.

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 17/01/2010

L'identité représente une des questions les plus délicates de notre époque. À nier toute identité collective (le pays, par exemple), on aboutit nécessairement à une situation dans laquelle l'identité individuelle se dissout encore plus dans le grand Rien que constituent aujourd'hui des valeurs n'ayant plus de sens dans le quotidien des gens (le développement durable, la subventionnite aiguë, etc.).

Avoir des relations normales même entre voisins relève de l'impossible. Une soviétisation rampante s'empare même de cela : les rapports entre voisins ne sont saisissables qu'à travers moult associations structurantes, hautement financées par les deniers publics, et ne créant aucun rapport sérieux de voisinage. Fête des voisins, associations de quartier, ne constituent que des oripeaux inutiles et coûteux, ne profitant qu'à quelques privilégiés s'en gavant professionnellement. Mme Pierre (...), je l'espère, en s'accrochant à l'identité de son mari, à l'identité donc qui fut la sienne pendant certainement longtemps (100 ans, je ne pense pas, à moins qu'elle ne fût mariée à sa naissance). Revendiquer une identité qui fut la sienne représente au contraire un grand acte de courage, d'attachement à son passé, qu'elle n'a pas souhaité imoler sur l'autel d'une mode de passage, voulant que la manière de désigner une personne soit plus importante que la personne elle-même, plus importante même que l'attachement qu'elle peut avoir à la dénomination utilisée pour la désigner durant des décennies.

Écrit par : Henri Patry | 17/01/2010

A Mme Brunner,

Je comprends votre explication et je la respecte même si je ne la partage pas.
Cela dit, s'il est question d'amour, pourquoi ne voit-on jamais, dans un avis mortuaire, le décès de Monsieur Véronique (...)...?

A M. Patry,

Renoncer à son nom de famille est déjà une grande preuve d'amour, à moins que cela ne soit tout bonnement qu'une obligation administrative...
Et si on plus il faut que les femmes abandonnent - par dessus le marché - leur prénom - à quoi sert-il de leur en donner un !

Cela dit, je suppute que les hommes ne sont pas prêts d'abandonner leur nom et leur prénom au nom d'un quelconque acte de courage.

Écrit par : Michel Sommer | 17/01/2010

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