27/11/2010

Un beau texte de Pascal Décaillet

Il m'est arrivé d'égratigner Pascal Décaillet parce qu'un de ses billets ne m'avait pas plu. J'ai souvent aussi souligné la qualité de la plume de ce forçat du journalisme, mitraillant sur tous les fronts ! Il donne, en quelque sorte, raison à Albert Einstein qui a dit que "plus on va vite, plus le temps est court"...Mais comment fait-il, cet homme ? A-t-il une plume dans chaque main ? Mais comment tient-il alors son micro à Léman Bleu ? Sans compter la famille ! Bref.

Losrque Pascal Décaillet s'en est pris assez violemment au Mammouth, alias la RSR de laquelle il avait été éjecté, j'avais demandé s'il ne crachait pas dans la soupe puisqu'il était bien impliqué dans le Mammouth... J'ajoutais que je voulais bien faire amende honorable si je me trompais. En lisant le texte ci-dessous, vous constaterez que Pascal Décaillet a une idée bien précise des apparatchiks, idée qu'en l'occurrence je partage pleinement. Il ne me reste donc qu'à faire amende honorable dans le cas présent.

Le texte ci-dessous a paru dans la revue "CHOISIR" en janvier 2005

Ils sont là depuis l'aube des temps, l'Egypte ancienne, Byzance la complexe, la Russie tsariste, la Suisse de la culture: ils sont assis, sûrs d'eux, conscients de leur éternité, ils ont l'arrogante tranquillité des espèces qui auraient précédé l'humanité et seraient pénétrées par la génétique certitude, le jour venu, post-apocalyptique, de lui survivre. Pour les désigner, il faut rendre hommage à la langue russe, sonore et métalliquement charnelle, qui a su leur inventer un nom: les apparatchiks.

Ils existent évidemment partout, dans toutes les sociétés, toutes les entreprises, les grands corps de l'Etat, les médias, les réseaux associatifs, les syndicats d'enseignants, les suppôts professionnels du patronat, les Offices fédéraux, et tout autant dans le privé, ce qui est encore plus surréaliste, comme si tout groupement humain sécrétait  son quota, peut-être invariant d'ailleurs, d'Abyssinie à la Prusse orientale, d'apparatchiks. 

Un apparatchik n'est pas nécessairement un inutile. Il doit bien avoir une fonction, puisqu'il existe, jusque dans les firmes les plus sélectives, et qui ne sont pas spécialement enclines, en ces périodes difficiles, à faire des cadeaux. L'apparatchik, généralement, ne s'intéresse que très peu, et de très loin, au produit fabriqué par l'entreprise. Il n'est pas un créatif, encore moins un imaginatif, son enthousiasme est gris comme un stratus d'automne, et pourtant il est là, comme un meuble. L'entreprise le garde.

Car la fonction première de l'apparatchik, et nul n'est besoin d'être spécialiste de Pouchkine pour le saisir, c'est la conservation, l'entretien jaloux, opiniâtre, de l'appareil. Chez Fiat, côtoyant sans les voir les meilleurs dessinateurs de prototypes, l'apparatchik s'occuperait sans doute du journal d'entreprise, ou du cahier de doléances des mécontents, ou du rayon végétarien de la cafétéria, ou de la collecte pour la baignade de bureau sur les bords du Pô, toutes choses éminemment respectables, mais d'un rapport assez lointain, vous en conviendrez, avec la fabrication de voitures. Laquelle me semble tout de même, pour Fiat, une activité assez importante.

Les apparatchiks sont souvent sociables, attachent de l'importance à la bonne ambiance de l'entreprise, n'oublient pas les anniversaires de leurs collègues, les pressent de rester au lit et de ne surtout pas venir travailler au-delà de 37,5 de température corporelle. Comme ils sont là pour l'éternité, ils prennent le temps. Les apparatchiks marchent lentement. Certains d'entre eux fument la pipe, qu'ils ont soin, d'ailleurs, de bourrer avec application et minutie, car, un être humain n'étant jamais totalement imparfait, un apparatchik peut s'avérer d'un rare et appréciable perfectionnisme. Les apparatchiks sont des horlogers, avec juste un point un peu gênant: ils ne produisent jamais la moindre montre. D'ailleurs qu'importe de savoir l'heure, quand on est soi-même éternel?

Les apparatchiks s'associent et s'assemblent. Ils aiment évoquer leurs problèmes, ensemble, devant une tisane, si possible pas trop chaude. Chez Fiat, à Turin, ils ne parleraient jamais du tout dernier modèle, le dernier cri, la voiture de rêve pour tous les Italiens et toute la planète, celle qui partirait à la conquête du monde et ferait exploser les parts de marché. Non. Ils auraient des soucis plus intérieurs: le prochain repas du comité d'entreprise, par exemple. Ou la demande d'un meilleur équilibre nutritif dans les menus de la cantine. Car un apparatchik est très soucieux, toujours, du rapport chiffré entre protéines et glucides, et, si les lipides s'y mettent aussi, il sort immédiatement sa calculette. Dans la poche extérieure gauche. A côté du tabac pour pipe. On est éternel, mais on se conserve, tout de même.

Un apparatchik, prenons toujours notre Turinois de chez Fiat, déteste généralement le cambouis des chaînes de montage. C'est vrai, ces ateliers salissants et bruyants, ces milliers de voitures en devenir, toujours désespérément les mêmes, le bleu de travail de ces prolétaires piémontais, tout cela, se demande l'apparatchik, est-il bien nécessaire à l'entreprise? Car notre apparatchik de chez Fiat a ceci de particulier qu'il n'aime guère les voitures. Il se déplace d'ailleurs toujours en tram, ce qui lui permet d'apprécier plus sereinement les richesses architecturales de Turin. Il éprouve, de plus, un souverain mépris pour la légendaire fascination exercée par la bagnole sur ses compatriotes italiens. Au fond de lui, il en veut à la Fiat de fabriquer des voitures, de caresser, dans le sens du poil, l'égoïsme automobile de la Péninsule.

Car l'apparatchik n'est pas une brute. Il aimerait bien, du haut de ses sandales, une humanité changée. Plus douce. Voluptueuse comme peut l'être la dernière volute de la dernière pipe d'une journée d'été. Le soir, sur les rives du Pô. Loin de ces brutes épaisses, pleines de cambouis, qui s'obstinent, allez savoir pourquoi, à construire des voitures.

Pascal Décaillet

Illustre, mais pourtant inconnu...

Transportons-nous cette semaine du côté de l'Allemagne. Nous y trouvons un savant qui est resté célèbre pour son paradoxe ! découvrez la suite...

Heinrich OLBERS (1758 - 1840)

olbers.jpgPour ne pas faillir au titre de la rubrique, nous vous présentons aujourd’hui, Heinrich Olbers. Huitième enfant d’une famille de seize, le jeune Heinrich s’intéressa tôt à l’astronomie mais entreprit des études...de médecine à Göttingen, science et art qu’il mena de front des années durant. Ce n’est qu’après le décès de sa seconde épouse (la première est morte en couches) et de sa fille qu’il abandonnera définitivement la médecine pour se consacrer entièrement à l’astronomie. Les comètes ont sans doute été le sujet de prédilection d’Olbers ; il en découvrit une en 1815 qui porte son nom et calcula l’orbite de nombreuses autres. La « sienne » a une période de 72 ans, pratiquement identique à celle de Halley qui revient tous les 76 ans. Mais Olbers est surtout connu - dans les milieux scientifiques - pour le paradoxe qui porte son nom. Qu’est-ce que le paradoxe d’Olbers ? Comment se fait-il que la nuit soit noire alors que l’univers est constellé d’étoiles distribuées uniformément et que notre ciel devrait être « clair » puisque toutes ces étoiles brillent comme notre Soleil. Pour Olbers, la réponse réside dans le fait que l’espace n’est pas complètement transparent et que de la matière interstellaire absorbe une partie de la lumière des étoiles qui sont dès lors vues comme des points dans le ciel sombre. En fait l’idée n’était pas nouvelle : Halley et le Suisse Jean-Philippe Loys de Cheseaux en avaient déjà parlé.
Il serait enfin injuste de finir ce bref portrait sans mentionner la découverte, par Olbers , de deux astéroïdes : Pallas en 1802 et Vesta en 1807.

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20/11/2010

Illustre, mais pourtant inconnu...

Cette semaine, un Grec à Paris...

Eugène ANTONIADI (1870 - 1944)

Nantoniadi2.jpgom indissociable de la planète Mars, il est impossible ne pas parler d’Eugène Antoniadi ! Issu d’une famille grecque de Constantinople, le jeune Eugène se lance dans des études d’architecture, mais consacre tout son temps libre à l’astronomie. Très vite remarqué par les professionnels pour la qualité de son travail, il est en outre doué d’une acuité visuelle hors du commun. Il réalise des dessins de planètes d’une précision extrême ! Au cours d’un séjour à Paris, il fait la connaissance de Camille Flammarion qui l’invite aussitôt à venir travailler à Juvisy-sur-Orge. Salarié de Flammarion, Antoniadi commence son travail en 1895. A cette époque les polémiques sont fréquentes et vives : celle concernant la planète Mars et ses canaux devient vite un sujet de discorde entre les astronomes. L’italien Giovanni Schiaparelli observe Mars en 1877, année de l’opposition, et croit dur comme fer que des canaux ont été construits. Mais la plupart des scientifiques pensent qu’il s’agit d’accidents de terrains naturels. Antoniadi se pique au jeu et deviendra un grand spécialiste de Mars. Puis il claquera la porte de Juvisy et sera en froid avec Flammarion. Il rejoindra ensuite l’observatoire de Meudon où le 20 septembre 1909, une observation mettra définitivement fin au doute : il n’y a aucun canal artificiel sur Mars. La polémique n’en sera pas terminée pour autant...Couvert de récompenses grâce à ses travaux, Antoniadi s’éteindra le 10 février 1944. Un cratère martien porte son nom.

 

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19/11/2010

Les Automnales : venez jouer

Le Club astronomique M51 de Divonne-les-Bains est présent à Palexpo dans le cadre des Automnales et propose pour les enfants - et pourquoi pas les adultes - quelques activités :

Jonas et le trou noir - jeu de l'oie grandeur nature

Perdu sur la Lune ou comment survivre sur notre satellite avec 15 objets

Quizz de 50 questions sur vos connaissances en astronomie et culture générale

Confection d'un disque de Newton

STAND 11 01

A GAGNER : 3 BOÎTES DE "JONAS ET LE TROU NOIR" - jeu de l'oie astronomique, jeu de société pour petits et grands offert par les Editions de l'Espace à Genève

13/11/2010

Illustre, mais pourtant inconnu...

Repartons, cette semaine vers le sud, vers l'Italie plus précisément. Il est aujourd'hui question d'un religieux franciscain qui s'est illustré dans la cartographie notamment.

Vincenzo CORONELLI (1650 - 1718)

coronelli.jpgVoilà encore un nom qui ne dira pas grand-chose à pas grand monde. Et pourtant ! Ce religieux franciscain, docteur en théologie au Collegium San Bonaventura à Rome, est considéré comme l’un des meilleurs cartographes de son époque. Il s’est illustré surtout par la construction de globes terrestres ou célestes de tailles variables. Si le cardinal d’Estrées, alors ambassadeur de Louis XIV n’avait fait appel à son talent pour réaliser deux énormes sphères - l’une terrestre et l’autre céleste - de presque 4 mètres de diamètre destinées au Roi Soleil, il est plus que probable que ce religieux doublé d’un artiste serait resté dans l’ombre de l’histoire. Coronelli est aussi connu pour avoir confectionné les globes de Parme, plus petits que ceux de Louis XIV. Il a en outre fondé l’Académie des Argonautes puis fut Cosmographe de la Sérénissime République de Venise. Il est enfin l’auteur de divers ouvrages dont la Biblioteca Universale.
Mais pour en revenir aux Globes de Louis XIV, ils furent critiqués car leur contenu n’était pas très fiable du point de vue scientifique,. Ils n’en demeurent pas moins de véritables œuvres d’art. Porté au nues durant une certaine période, Coronelli finira par connaître la disgrâce. Des soupçons de trafic d’influence pèsent sur lui et il finit par être déchu de son titre de général de son ordre. Quoi qu’il en soit et après une éclipse de plusieurs dizaines d’années, les globes de Coronelli connaissent une nouvelle vie artistique depuis qu’on peut les admirer à la Bibliothèque Nationale de France, espace François Mitterrand, après qu’on eut pu les voir au cours d’une grande exposition de cartographie organisée en 2006


 


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12/11/2010

Haïti sombre dans l'indifférence

Après le tremblement de terre, le choléra. Des appels au secours à la communauté internationale qui semble s'en f... comme de sa première chaussette. Haïti se meurt dans l'indifférence.

Dans un accès de dérision je m'autorise à paraphraser - enfin un peu - Guillaumet évoquant sa galère andine : "Ce qu'ils font, vois-tu, aucun animal ne le ferait."

Ce matin, la grand-messe genevoise de la consommation a ouvert ses portes...

06/11/2010

De grâce, pas jusqu'à 20h.

Il est 18h15 je sors du travail… alors que ma journée a été stressante, me voilà encore dans un état d’angoisse… vais-je réussir à faire mes courses avant que les commerces ferment ? je monte dans ma voiture… il est 18h20… le trafique genevois est dense et les travaux sur la routes sont nombreux… mon temps se restreint. Mon téléphone bip des e-mail… et une seule question trotte dans ma tête, vais je réussir a faire mes courses ?

Ainsi commence le billet de Mme Ornella Grillet, favorable à l'ouverture plus tardive des commerces à Genève.

Personnellement, je vois le texte de cette manière :

Il est 18h.15, je ne suis pas encore sorti(e) du travail et ma journée a été stressante. Comme presque chaque soir, j'ai dû appeler ma voisine pour qu'elle prenne en charge mes enfants (Mon mari travaille selon la méthode des trois huit). Les clients m'en ont fait voir de toutes les couleurs aujourd'hui...et ce n'est pas fini ! Jusqu'à 20h., je vais devoir subir les gens stressés. Ce n'est pas une vie ! En rentrant, il va falloir vite faire réviser les devoirs de mon aîné. Le cadet sera déjà couché et il dormira. Et avec ces horaires démentiels, le salaire n'a évidemment pas suivi. Et vous allez voir - certains politiciens en parlent déjà - il est déjà question d'ouvrir les commerces le dimanche matin.

Pour ces raisons plus qu'évidentes, je voterai non à l'ouverture prolongée des commerces à Genève. Comme Mme Ornella Grillet, je m'intéresse à la politique, mais je ne suis membre d'aucun parti. En plus je m'intéresse aux gens, ils sont plus importants que la politique...

Illustre, mais pourtant inconnu...

Avec quelque retard en ce samedi, je vous livre ma petite chronique hebdomadaire relative aux "célèbres inconnus" ! Nous allons aujourd'hui nous intéresser à...une planète dont on ne sait pas grand chose : Pluton.

Lisez la suite :

PLUTON : ? - ?

pluton+charon.gifJe suis née il y a très longtemps et personne ne peut dire avec exactitude quand. Mais il a fallu beaucoup de temps pour - qu’enfin - on me découvre ! Mes consœurs les planètes dites inférieures étaient déjà connues dans l’antiquité. Moi, il a fallu attendre jusqu’en 1930 pour qu’un certain Clyde Tombaugh, un américain, me découvre sur des plaques photographiques. Discrète comme pas une, je ne vous dis pas l’œil qu’il fallait avoir pour se rendre compte que ma place avait changé d’une plaque photographique à l’autre. Et depuis que Clyde m’a découverte, peu d’astronomes se sont intéressés à moi. Lente - il me faut 248 ans pour faire un tour du Soleil, minuscule - 2300 km de diamètre, lointaine - environ 6 milliards de km du Soleil, j’étais tolérée parmi les autres planètes. Mais j’ai néanmoins un compagnon : Charon. Et puis, EN 2006, allez savoir pourquoi, un aréopage de spécialistes a décidé de me déclasser. Je suis désormais une planète naine, un transneptunien. Chez vous sur la Terre on appellerait cela du mobbing. Déjà que moi je n’ai pas trouvé cela très marrant (on a sa fierté tout de même) je n’ai pas besoin de vous expliquer ce que les habitants de la ville natale de Clyde ont pensé de cette triste décision. Moi, au fond je reste philosophe. Planète naine ou planète, Clyde reste mon découvreur. Tout est dit, n’est-ce pas ?

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03/11/2010

J'irai cracher dans votre soupe

Le facécieux Pascal Décaillet a encore frappé ! L'ancien de la RSR, celui qui a ameuté toute la Suisse romande lorsque la dite SSR a fait le ménage et qui s'est retrouvé faisant partie de la poussière, appartenait pourtant bien  aux apparatchiks. Indéboulonnable. Dans cette circonstance particulière,  il a trempé sa plume pourtant élégante, oh, juste le bout, dans une mauvaise encre dont les éclaboussures ont touché pas mal de gens. Qu'il ait conçu de la rancoeur à quitter la RSR, c'est une évidence. Qu'il garde une rogne certaine vis-à-vis de ses anciens employeurs, c'est une autre évidence. On a presque envie de ne pas lui en tenir rigueur.

Mais cracher dans la soupe après en avoir mangé, c'est une faute de goût, si l'on peut dire. La redevance est un impôt déguisé ? P. Décaillet l'a-t-il déploré quand il officiait sur les ondes de nos chaînes "étatiques" ? Si oui, je veux bien faire amende honorable.

Je l'ai déjà dit, la plume est belle mais l'âme est grise. Les coups sont souvent méchants et gare à ceux qui auraient l'outrecuidance d'oser la moindre critique à son égard. L'homme ne l'aime pas. Et comme l'entêtement imite souvent très bien l'intelligence, je crains que Pascal Décaillet continue - longtemps encore - à se regarder dans le miroir de ses certitudes.