03/03/2011

Le forfait est un forfait

On nous annonce que le nombre de résidents étrangers au bénéfice (sans mauvais jeu de mots) d'un forfait fiscal est en augmentation à Genève. Tous les partisans de ces forfaits fiscaux expliquent en long et en large que sans ces apports substantiels aux finances cantonales, les barèmes seraient bien pires que ceux que nous connaissons. En d'autres termes, il conviendrait de remercier toutes ces personnes qui contribuent - par une espèce de mécénat bien compris - à maintenir les impôts à Genève à un niveau acceptable.

Pour les opposants, il en va naturellement tout autrement. Personne ne comprend pourquoi il faudrait offrir à des individus déjà plus que riches des conditions fiscales qui frisent - que dis-je ? - qui dépassent la ligne blanche de l'indécence. Puisque ces personnes viennent à Genève parce que l'air y est - semble-t-il - plus respirable qu'ailleurs, que leur tranquillité est assurée ainsi que leur anonymat, pourquoi - grands dieux - leur accorder des conditions très largement privilégiées ?

En fait, ce qui est choquant, c'est de voir des groupes de personnes qui ne sont pas soumises aux mêmes règles que les citoyens de Genève. Et franchement l'argument consistant à nous faire croire que les impôts augmenteraient sans la présence de ces "mécènes" est plus que douteux.

Si les quelques centaines de "fiscalisés à forfait" se sentent tellement bien à Genève - ce que je crois volontiers - il y aurait quelque intérêt à les imposer à l'aune du barème commun. Au fond ce serait un moyen de savoir si l'ensemble de ces étrangers se plaisent tellement à Genève ou si leur plaisir est directement proportionnel à la légèreté de leur imposition.

Le contribuable "lambda" a du mal à comprendre, puis à accepter les forfaits fiscaux. Parce qu'avec ou sans eux, de nombreuses personnes sont obligées de payer des impôts jusqu'au dernier centime, que M. Delon soit à Genève ou non, leurs fins de mois seront toujours aussi difficiles.

Les forfaits sont donc bien une espèce de forfait. Le petit Larousse nous précise sous "forfaire" : manquer gravement à des obligations morales impérieuses. Et franchement, les finances, qu'elles soient publiques ou privées, sont-elles encore conjugables avec la morale et ses impérieuses obligations ?

Commentaires

Bien vu Anaxagore, là, vous avez fait fort avec « forfaire » !
Et pour répondre à votre dernière question : assurément non, car il y a fort à faire pour que notre République prononce que l’État a forfait l’égalité de ses administrés.

Écrit par : Benoît Marquis | 03/03/2011

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