18/09/2013

Pourquoi il faut croire à l'Europe

Au hasard de la lecture d'une revue dans un cabinet médical, je tombe sur un éditorial intitulé "Pourquoi il faut croire à l'Europe". D'entrée je me dis qu'il faut une sacrée dose d'optimisme pour oser écrire une plaidoirie pour l'Europe !

L'éditorial en question est signé Eric Meyer, rédacteur en chef de Géo (France). Chaud partisan de la libre circulation des personnes - sans pour autant tomber dans l'angélisme - E. Meyer affirme :"La notion de frontière n'est pas seulement affaire de géographie, mais aussi de psychologie. Les barrières ont beau avoir disparu des routes, elles demeurent dans les esprits, et ce faisant, dans les comportements, les lois, les normes. Le mythe d'une "Europe sans frontières" a fait long feu. Et ce serait même une bonne chose ainsi, disent les voix qui s'élèvent pour dénoncer cet "espace de libre circulation" qui ferait disparaître les identités, cette Europe symbole avancé d'un espace mondialisé, ouvert à tous les vents.(...)""après tout, comme l'explique Régis Debray dans "Eloge des frontières" (Gallimard 2010), l'existence d'une limite est une marque de reconnaissance de l'autre."

Et Eric Meyer de poursuivre : "Mais là réside le danger. Nous traversons une époque où le mot Europe désole et agace (...)". Toujours selon l'auteur l'Europe serait une marque d'espoir pour 38 % des Français en février 2013 alors qu'ils étaient encore 61 % à y croire en 2003. "Quant à la libre circulation, il ne se passe pas un mois sans qu'un homme politique évoquant "les dangers aux frontières", la "porosité" de l'espace européen, y aille de sa diatribe contre "l'esprit de Schengen".

Eric Meyer, après avoir encore rappelé que depuis 1991, 28500 km de frontières nouvelles ont été tracées dans le monde et que de nouveaux murs ont été érigés, est cependant convaincu qu'il fut croire à l'esprit européen, à l'esprit de Schengen. Il termine ainsi son éditorial :"A Neuf-Brisach, pas loin du Rhin, là où chacun va et vient aujourd'hui comme il le veut, se dresse un fort Vauban. Très joli, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, mais qui rappelle aussi que sous les rides de la vieille Europe, les barbelés, les tranchées, les barrières et les tourelles ont existé. Et que la conquête de la liberté de circulation a été payée au prix fort."

Il est clair qu'en Suisse et à Genève en particulier le plaidoyer de ce journaliste passe mal. Il suffit de voir les gesticulations de tous ceux qui sont opposés aux frontaliers, aux Rroms, entre autres, dans notre petit canton, pour mesurer le fossé qui nous sépare encore de l'Europe. A court terme, cette opposition massive et sans nuances peut faire illusion, parce que nous restons dans le domaine de l'émotionnel et que c'est bien pratique d'affirmer que les raisins d'à côté sont trop verts ! Il y a des partis qui ont fait du rejet de l'autre leur plateforme électorale et ne se gênent pas de faire des frontaliers, de Schengen, de l'Europe les sources de tous nos maux. Il est en effet plus facile de s'en prendre aux autres que de chercher les erreurs dans son propre camp lorsque cela se révèle nécessaire.

On pense ce que l'on veut de l'Europe, mais elle existe depuis 1957. On pense ce que l'on veut du traité de l'espace Schengen, mais il existe. On pense ce que l'on veut de la monnaie unique, mais elle existe.

Certes l'Europe est loin d'être parfaite mais rien n'est immuable. Elle peut changer et même pour ses pires ennemis, elle est amendable. Mais il faut y croire et vouloir participer. N'y a -t-il pas un peu d'arrogance à dire à l'Europe :"Si et quand cela ira mieux avec votre machin, faites-le nous savoir, on pourra toujours en rediscuter...

Mais hélas les frontières ont la vie dure ! Il est vrai que lorsque l'on voit la difficulté qu'il y a à opérer des fusions de communes pour des raisons généralement égoïstes, on ne peut s'empêcher d'imaginer que le Grand Genève n'est pas encore pour demain. Peut-être même pas encore pour après-demain. Ce qui n'empêche nullement d'y travailler avec acharnement, de tous côtés. Avoir un horizon plus large ne pourra qu'être bénéfique à tous.

Voilà pourquoi il faut croire à l'Europe. J'y crois. Sans naïveté mais avec ferveur.

 

 

Les commentaires sont fermés.