08/11/2013

Le français compliqué ?

Il est des idées reçues qui ont la vie dure et dont l'éradication, pour reprendre un terme cher à certains, n'est de loin pas réalisée.

Ainsi donc en va-t-il de la langue française qui est paraît-il horriblement compliquée et difficile et l'anglais qu'on serait sensé apprendre en trois mois.

Juste pour remettre les plateaux de la balance à leur juste place, je vous invite à lire ci-dessous un poème en anglais (dont je ne connais malheureusement pas l'auteur) qui met en évidence l'extrême complication de la prononciation de l'idiome shakespearien.

Si l'auteur du texte présenté ci-dessous venait à reconnaître son œuvre, qu'il veuille bien nous en informer afin que la plus élémentaire justice lui soit rendue.

 

P R O N U N C I A T I O N     H I N T S

I take it you already know

Of tough and bough and cough and dough?

Others may stumble but never you,

On hiccough, thorough, laugh and through.

Well done! And now you wish, perhaps

To learn of less familiar traps?

Beware of heard, a dreadful word

That looks like beard and sounds like bird

And dead: it’s said like bed not bead,

For goodness’ sake don’t call it deed.

Watch out for meat and great and threat;

They rhyme with suite and straight and debt.

 

 

A moth is not a moth in mother,

Nor both in bother, broth in brother,

And here is not a match for there,

Nor dear and fear for bear and pear.

And then there’s dose and rose and lose –

Just look them up – and goose and choose,

And cork and work and card and ward,

And font and front and word and sword,

And do and go and thwart and cart –

Come, come, I’ve hardly made a start:

A dreadful language? Man alive,

I’d mastered it when I was five.

 

 

I will teach you in my verse

Words like corps, corks, horse and worse.

For this phonetic labyrinth

Gives monkey, donkey, ninth and plinth,

Wounded, rounded, grieve and sieve,

Friend and fiend, alive and live.

Query does not rhyme with very

Nor does fury sound like bury.

Dies and diet, lord and word,

Evil, devil, tomb, bomb, comb,

Doll, roll, dull, bull, some and home.

Finally – for I’ve surely said enough –

Through, though, thorough, plough, cough, tough,

While hiccough has the sound of cup:

My advice is: give it up!

 

Commentaires

La langue française, cette merveille, ce pur joyau, ses nuances: "Chacun a ses faiblesses. Littré en avait pour sa bonne. Un jour qu'il la lutinait, Mme Littré poussa la porte et s'écria: "Ah, monsieur, je suis surprise!" Et le regretté Littré, se rajustant, lui répondit: "Non, madame, vous êtes étonnée. C'est nous qui sommes surpris ." Philippe Meyer, Heureux Habitants...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/11/2013

Un autre petit exemple des curiosités de l'orthographe et prononciation anglaises:

GHOTI pourrait se prononcer FISH

gh = f dans laughter
o = i dans women
ti = ch dans beaucoup de terminaisons en -tion

Écrit par : Alena Hochmann | 09/11/2013

Il serait intéressant de savoir si l'auteur de ce poème savant est un anglophone ou pas ! Le regard sur les incongruités est sans pitié.
L'orthographe anglaise demande une mémoire photographique, une patience d'ange et une absence totale d'esprit critique. Mais je crois que personne ne prétend que ce soit logique ou explicable.
En revanche, il me semble que le français se veut logique et limpide, et l'orthographe est censée pouvoir être maîtrisée, grâce à une ascèse intellectuelle et un apprentissage au long cours des règles y relatives. Ainsi, celui qui ne maîtrise pas l'orthographe peut être légitimement soupçonné d'être un paresseux ou un incapable.
Pour l'anglais et le français, l'orthographe sert à la fois à la transcription de la langue parlée, mais également de musée, de conservatoire des étapes précédentes de la langue.
J'ai cru comprendre qu'en anglais, l'aspect quasi archéologique était privilégié par rapport à l'aspect pratique, comme si le "spelling" était le dernier refuge de l'identité de cette langue devenue un bien commun de la planète toute entière.

L'anglais a la réputation d'être moins compliqué que le français en bien des points, entre autres à cause de l'absence des déterminants ( anciennement "articles") et une conjugaison, au premier abord pas trop compliquée.
Tant qu'on reste dans le domaine de la communication orale, l'anglais est très fonctionnel. On peut le parler rapidement en se faisant comprendre. Cet usage universel est loin d'être respectueux, il malmène la langue, mais l'exigence de pureté et de correction exquise est bien moins contraignante que pour le français.
Un non-francophone se sent souvent un peu comme un cambrioleur pris sur le fait, s'il se trompe en s'exprimant dans la langue de Molière, même à l'oral. Il a l'impression de commettre une faute morale ou un acte de lèse-majesté.
A mes yeux, ce respect de la correction est un frein à l'usage international du français et cela handicape également les francophones dans leur apprentissage des langues étrangères, car ils pensent devoir être parfaits d'entrée, lorsqu'ils s'expriment p.ex. en allemand. Alors que les allemands sont heureux et touchés qu'un un étranger leur fasse l'honneur de s'adresser à eux dans leur langue.
Pour un allemand, l'accent français est ravissant, pour un francophone, l'accent allemand ou alémanique est au mieux drôle. Certes, le québecois est charmant, l'accent anglais mignon, mais un accent est malgré tout perçu comme une sorte d'obstacle, une perturbation par rapport à une norme idéale.
Pour l'anglais ce phénomène existe également, mais la masse critique des locuteurs qui malmènent le "BBC-English" est telle, que la déviance devient presque la norme.

Que dire de l'accent genevois ou suisse ? J'ai souvent l'impression que le mien est perçu comme un régionalisme folklorique par ceux qui détiendraient le rythme et la sonorité originelles.

L'erreur d'orthographe est-elle à l'écriture ce que l'accent est à l'expression orale ? Certainement pas, car la faute d'orthographe est un obstacle social majeur, le signe d'une absence de fiabilité. Sa maîtrise est une référence incontournable sur le marché du travail et p.ex. dans la communication sur les blogs ! ;-)))

Écrit par : Calendula | 09/11/2013

Merci à Calendula de son excellent billet.

Que dire de l'accent genevois ou suisse ? J'ai souvent l'impression que le mien est perçu comme un régionalisme folklorique par ceux qui détiendraient le rythme et la sonorité originelles.

Il serait peut-être utile de rappeler à "ceux qui détiendraient le rythme et la sonorité originelle" que tout locuteur a un accent dès qu'il quitte sont étroit territoire, aussi bien géographique qu'intellectuel...

"A mes yeux, ce respect de la correction est un frein à l'usage international du français (...)"

C'est parfaitement exact. Peut-être pas forcément à cause de la crainte de commettre une erreur mais parce que la langue française et ses chiens de garde ont la très fâcheuse habitude d'affirmer avec une nuance de reproche que ce que vient de prononcer l'étranger " n'est pas français"...

La langue anglaise est à ce sujet beaucoup plus tolérante. L'anglophone vous dira peut-être que ce que vous venez de dire en anglais, lui ne l'utilise pas mais qu'en fait l'important est qu'il comprenne ! L'anglais est sans doute un peu malmené mais en définitive c'est parce qu'il l'est qu'il finit pas s'imposer comme langue véhiculaire universelle !

Écrit par : Michel Sommer | 10/11/2013

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