20/12/2013

Savoir gérer...

Il existe des mots, dans notre langue française, qui tiennent le haut du pavé alors que d'autres, pour des raisons  que j'ignore, ont pratiquement disparu de notre communication quotidienne. Des exemples de "disparus" ? Tenir compte et prendre en considération devenus par un désir de concision discutable "prendre en compte" ! Faut-il aussi s'alarmer du "challenge" (avec un t initial dans la prononciation pour sonner plus british) qui a détrôné notre bon vieux défi. On ne s'étonnera pas non plus des "points" qui sont sensés remplacés les "pourcents" dans le discours de certains journalistes qui souhaitent sans doute nous montrer qu'ils ont des lettres ! C'est abusif ? Peu importe, c'est dans l'air du temps ! Dans la presse parlée, je retiendrai le délicieux "géole" (sic) prononcé par des commentateurs peu scrupuleux ou ignorants. Est-il en outre bien nécessaire de s'attarder sur la disparition quasi permanente du "ce que" dans certaines phrases "au profit" - si l'on ose dire - d'un regrettable mais fréquent qu'est-ce que" : "Je ne sais pas qu'est-ce qui s'est passé."

Francophone, ton français fout le camp ! Cela dit, je ne m'élève pas en parangon de vertu en la matière. J'essaie seulement d'utiliser la langue qui est la mienne en prenant soin de la maltraiter le moins possible tout en lui accordant le droit d'évoluer, en créant des néologismes, en empruntant des mots aux langues étrangères - comme elle l'a d'ailleurs toujours fait - ou encore en modifiant des prépositions jadis utilisés avec certains verbes : partir pour, remercier de (remercier pour était alors considéré comme un germanisme !)

Mais, au fond, tout cela me paraît presque secondaire quand j'entends à longueur de journée l'utilisation qui fait en quelque sorte fureur à l'époque de monde globalisé d'un mot devenu "incontournable" : gérer

A l'école, quand j'y usais encore mes culottes sur les bancs, il nous était enseigné de remplacer le verbe "faire" par un verbe plus précis, correspondant mieux é la situation. Pas toujours facile !

Aussi bien faut-il s'étonner que le verbe gérer occupe une telle place dans notre langage quotidien ? Gérer son temps, gérer la situation, gérer ses amours  (Si, si !), gérer ses vacances, gérer la crise, gérer sa sexualité, etc, etc. Il faut savoir tout gérer, peut-être à cause de la mainmise d'une économie toute puissante qui ne donne d'ailleurs - et de loin - pas toujours le bon exemple.

La seule chose que les gens - souvent - ne savent pas ou plus gérer, c'est leur budget. Avec les cartes de crédit en tous genres, trop de citoyens semblent avoir oublié qu'une signature ou qu'un code de carte épuise très vite l'avoir disponible et que l'on se retrouve dans le rouge sans y avoir pris garde.

Et ce n'est pas l'émission de ABE de cette semaine consacrée au surendettement qui va me faire changer d'avis : trop de jeunes (et moins jeunes) ont appris à tout gérer, sauf leur budget personnel.

 O tempora, o mores.

 

 

Commentaires

Un bon exercice toujours d'actualité: "remplacer le verbe "faire" par un verbe plus précis".

Vous rappelez utilement la forme originelle de quelques expressions. L'usage généralisé actuel peut être contagieux, même quand il est incorrect.

Une autre forme étrange, que l'on entend parfois dans les débats politiques, surtout en France, est le recours au "Moi je" dans une tournure parfois très enfantine. Est-ce le signe d'une insuffisance d'arguments ou d'une incapacité à élaborer une phrase plus objectivée: "Moi je dis que...".

Pour ce qui est de "gérer", verbe que j'affectionne parfois, je promets de ne pas y recourir de manière immodérée...

:-)

Bonnes fêtes.

Écrit par : hommelibre | 20/12/2013

Le pire pour moi, c'est "gérer les émotions", comme si on pouvait "gérer" des émotions :-)

C'est vrai que le vocabulaire élargi tend à disparaître. Cela ne me dérange pas à l'oral, car l'intonation est à elle seule déjà une précision de la pensée, mais à l'écrit cela me dérange parfois oui. Il m'arrive de chercher le mot juste, celui qui définira très exactement ce que je tente de dire.

Faut-il se battre pour cela ou faut-il accepter l'idée d'une simplification ? Je n'ai pas la réponse. Cela me paraît juste dommage pour la langue française cette absence, mais pas forcément dommageable dans l'absolu.

Cela simplifierait tellement les choses si nous parlions tous la même langue sur cette planète, ce d'autant que certains termes ne sont pas traduisibles, comme "saudade" par exemple qui à lui seul comprend plusieurs termes à la fois. On ne peut le comprendre que par le ressenti.

Peut-être aussi qu'un jour, nous serons tous télépathes. Il ne vous est jamais arrivé de comprendre une personne qui vous parle dans une langue totalement étrangère par d'autres moyens que la traduction des mots ? Je pense que tout le monde a vécu cela à un moment ou un autre.

Alors on peut s'interroger sur la nécessité de vouloir garder un acquis qui tend à devenir anachronique.

Même s'il existera toujours un regret pour ceux qui ont connu autre chose. Mais ceux-là vont disparaître bien vite, par le poids des années.

J'ai lu, il y a environ deux ans, un livre de Denise Lassartesse. Et même si je n'ai pas aimé la technique narrative du roman qui était plutôt pour moi un récit, son incroyable plume a fait que je l'ai lu jusqu'au bout.

Pas un seul mot qui ne soit très soigneusement choisi, une élégance rare dans l'écriture, fluide, limpide. De la musique.

Ce style d'écriture manquera un jour, c'est certain. Mais autre chose viendra peut-être de différent, une approche plus intuitive de l'autre et de ce qu'il a à communiquer.

Écrit par : Jmemêledetout | 20/12/2013

Bonsoir !

Langue française : chacun bien évidemment voit midi à sa porte !

Beaucoup de germanismes en Suisse, c'est compréhensible dans un pays où la langue majoritaire est l'allemand, ou plutôt le "switzerdütsch" si l'on évoque la langue parlée, mais que dire d'autres errements linguistiques qui eux ne doivent rien à l'emprunt d'une langue étrangère ?
Deux d'entre eux me viennent à l'esprit :

"Solutionner" pour résoudre ...

Et l'emploi, fréquent en France, du mot collectif "personnel" au pluriel. Exemples relevés sur les chaines françaises : "les personnels navigants", "les personnels soignants", ...

Or on apprend que (citation) :
" En 1998, la Commission du dictionnaire de l’Académie française s’est prononcée sur l’utilisation du nom personnel au pluriel. "

" Personnel est un nom collectif qui désigne toujours un ensemble d’individus. Aucun dictionnaire, aucune grammaire n’en mentionne l’emploi au pluriel, sinon Le Bon Usage de Grevisse, qui le signale comme fâcheux. "

" Il est fautif de dire l’ensemble des personnels pour l’ensemble du personnel, les personnels militaires pour le personnel des armées et, surtout, un personnel pour un membre du personnel. "

" Personnel n’est acceptable au pluriel que si l’on veut désigner plusieurs catégories distinctes d’individus, par exemple : les personnels civil et militaire des armées, c’est-à-dire le personnel civil et le personnel militaire des armées. "

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 20/12/2013

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