03/02/2014

Lettre à mes amis étrangers

Pour ceux qui résident dans ce pays depuis longtemps, j'imagine que les raisons qui vous ont poussé à ce choix sont multiples : l'amour, l'argent, les paysages, la cuisine, les Suisses, peut-être tout en même temps.

Pour ceux qui sont arrivés récemment, je peux imaginer que votre choix a été dicté par ceux qui sont arrivés il y a longtemps et qui n'ont pas regretté le leur.

Mais tous vous êtes venus parce qu'on avait besoin de vous. Parfois vos compétences vous ont permis d'obtenir le sésame helvétique. Parfois aussi parce que les Suisses ne voulaient pas faire le sale travail que vous seuls avez accepté de faire.

Petit à petit vous vous êtes (à peu près) tous fondus sur notre territoire - pour les plus anciens - et je parie que les nouveaux rêvent d'en faire autant. Au fond vous êtes tous des privilégiés ! Si vous saviez ce que les Suisses - dans certaines régions - pensent des frontaliers, vous n'en croiriez pas vos oreilles. En résumé et s'il fallait comparer avec des animaux, je dirais des prédateurs. Et comme pour paraphraser Fernand Reynaud à son époque, les frontaliers, "y viennent manger le pain des Suisses..."

Mais, quand j'y pense, vous vous êtes peut-être aperçus que selon la couleur de votre passeport, certains Suisses vous aimaient un peu moins. On m'a raconté que du côté de Zurich, les Allemands n'étaient pas en odeur de sainteté. A Genève, les Français - lisez les frontaliers - sont devenus pour nombre de citoyens (Ils ont d'ailleurs leur mouvement) sont devenus des pestiférés. Je n'ose même pas penser aux Italiens dans le Tessin. Chez nous dans les années cinquante, on les appelait les Ritals. Il y avait même des citoyens suisses bien pensants qui n'allaient plus à la Migros parce qu'on y rencontrait trop de Ritals. Chez ces gens-là, on ne critique pas, on "ostracise".

Je pourrais vous en raconter encore bien d'autres. Mais avec toutes ces initiatives scélérates qui veulent par tous les moyens limiter l'accès à notre pays à ceux venus d'ailleurs, en construisant de hauts murs et en installant de tous petits robinets afin de ne pas polluer le sang heévétique, il ne reste pas beaucoup de solutions pour vous prémunir contre la vindicte de ceux qui se prétendent plus suisses que les autres.

Je vous aurais bien proposé la naturalisation. Dans ce cas aussi, il y a des risques. Pour nombre de "vrais Suisses", les naturalisés sont à surveiller de près. Comment voulez devenir de vrais Suisses du moment que vous étiez étrangers ? Vous êtes dans l'impasse. M'est avis que la meilleure solution consistera encore à rester en Suisse sans faire trop de bruit. Mais surtout, dans notre région, ne déménagez pas en France. Il en serait fini de votre statut de "toléré". Immédiatement vous seriez assimilés à des frontaliers. Et si en plus vous travaillez à la Migros ou aux HUG, je vous dis pas...

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