27/02/2014

A qui la faute ?

Quand la Cour européenne des droits de l'homme fustige et condamne la Suisse, c'est souvent une levée boucliers. Qui sont donc ces juges étrangers qui veulent venir faire la loi chez nous. Vade retro, satanas...

Le problème, c'est que dans le cas de Champ Dollon, ce n'est pas la Cour européenne qui est intervenue, mais le Tribunal fédéral, instance suprême de la Confédération. Il devient dès lors difficile de s'en prendre à nos propres juges à moins d'être habité par un petit sentiment anar...

Savoir si l'on doit indemniser des détenus n'est finalement que la conséquence d'une situation qui devrait interpeller aussi bien les autorités que le peuple. Si la population carcérale est trop nombreuse par rapport aux places disponibles, c'est probablement parce que les politiques n'ont pas su ou voulu se projeter dans l'avenir. La construction des prisons n'est pas très rentable, ni en termes financiers ni en termes électoraux.

La population, quant à elle, est toujours d'accord que l'on construise des prisons, mais ailleurs. Il existe toujours de bonnes raisons pour que des recours soient déposés et qui vont prolonger les délais de construction d'un nouvel établissement quand ils n'est pas tout simplement reporté aux calendes grecques. Il faut bien admettre en outre que le citoyen lambda ne se sent généralement pas concerné par le monde carcéral ; ce n'est pas le sien. Il n'a rien à voir avec lui jusqu'au jour où...

Avant de savoir si l'on doit indemniser des détenus pour manquement aux droits de l'homme, il importe justement qu'il n'y ait pas de manquements. Penser, comme le font de nombreux citoyens, qu'on peut traiter un détenu n'importe comment sous prétexte qu'il a commis un crime ou un forfait, relève d'une mentalité critiquable et critiquée.

On a les prisons qu'on mérite. Avec ou sans indemnisation.

Commentaires

Possible que cela soit en arrière-plan de la lenteur:

"qu'on peut traiter un détenu n'importe comment sous prétexte qu'il a commis un crime ou un forfait...".

En effet, la peine est la privation de liberté. Pour le reste il garde son humanité, même si lui ne l'a pas reconnue à d'autres selon le crime. Le condamné est l'objet d'une rogne, peut-être parce que la justice est rendue par délégation: cela peut laisser un goût d'inachevé pour le citoyen. Mais c'est le prix d'une justice qui n'est pas arbitraire, pas du western: le respect de l'accusé et du condamné est une nécessité pour sortir de la loi du talion. Même si parfois c'est difficile...

Écrit par : hommelibre | 27/02/2014

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