28/03/2014

Petit abécédaire. Aujourd'hui i comme illégalité.

Temps présent de jeudi soir nous a emmené de l'autre côté de la frontière, dans certaines communes françaises où de nombreux Suisses ont décidé de s'installer avec femmes, enfants et bagages. Ils y ont trouvé de très belles demeures à des prix défiant toute concurrence par rapport à ceux pratiqués sur notre territoire genevois. Ils y envoient leurs enfants à l'école et apprécient de "magasiner" dans les grandes surfaces françaises aux prix très attractifs. Oui décidément, on est bien en France voisine. Et si on n'est pas trop coincé, on peut même se faire quelques amis, participer à la vie culturelle locale. Bref, en un mot, s'in-té-grer !

Mais, parce qu'il y a un mais, l'histoire devient rapidement moins sympathique. Parmi tous ces Suisses exilés en terre étrangère, il y en a beaucoup qui mangent le beurre français, qui fricotent avec la crémière, mais qui veulent quand même l'argent du beurre. Résultat : ils conservent leur domicile "légal" en Suisse, très souvent sous forme de boîte aux lettres - dans laquelle il est quand même difficile de mettre toute une famille - tout en affirmant être en "résidence secondaire" en France. Sauf que lorsqu'on se penche sur la consommation annuelle d'eau, les maires constatent que les Suisses sont d'une rare propreté : ils doivent probablement prendre un nombre incalculable de douches chaque jour et arroser le jardin en continu pour consommer autant d'eau en si peu de temps.

Mais le plus extraordinaire peut-être, c'est l'extrême tolérance affichée par les maires français qui se sont exprimés envers ces Suisses qui trichent mais n'encourent, au fond, quasiment aucune sanction. Ces Suisses sont en outre assez exigeants : ils veulent des écoles pour leurs enfants, des accès à leur lotissement, des mesures de déneigement en hiver, bref tout ce qui coûte bonbon aux communes mais nullement compensé par des impôts qu'ils paient...en Suisse. Belle mentalité.

mettre un frein à l'immigration dite massive (tout comme les frontaliers qui curieusement sont considérés comme des immigrants), il faudra faire comprendre à nos voisins cette mentalité qui consiste à mettre les autres devant le fait accompli. Ce n'est pas gagné d'avance. Et lorsqu'on sait qu'il y a aussi des fonctionnaires suisses qui habitent en France dans la plus parfaite illégalité, il siérait sans doute aux anti-frontaliers de la "ramener"  un peu moins et un peu moins fort.

Il serait sans doute aussi agréable de savoir que nos autorités se penchent sur ce problème et tentent de mettre un terme à ce qu'il faut appeler "i comme illégalité et i comme incivilité".

05/03/2014

Petit abécédaire. Aujourd'hui h comme hier

Je suis parfois traversé par un sentiment curieux. De très nombreuses personnes semblent se réfugier dans le passé afin de ne pas voir l'avenir à qui l'on attribue des noms comme chômage, Europe, étrangers, immigration, repli et bien d'autres. Serait-ce là une parade à la peur ? Cette peur qui amplifie tous les dangers. Celui de voir un criminel à tous les coins de rue ; celui de perdre son travail au profit d'un étranger ; celui de voir la Suisse adhérer à l'Europe ; celui de ne pas trouver d'appartement ; celui...

Mais voir l'avenir dans un rétroviseur ne pourra jamais constituer une bonne solution aux problèmes. Il et parfois utile de se référer au passé pour imaginer l'avenir. Et si l'on se réfère au passé, c'est que justement il est passé et qu'il est vain de vouloir y retourner. Se projeter dans l'avenir demande à la fois du courage et de l'humilité : du courage parce que tout n'est pas écrit par avance et de l'humilité au cas où l'on atteindrait pas les objectifs fixés.

Il importe de se dire que hier c'est demain par rapport à avant-hier et qu'aujourd'hui, c'est demain par rapport à hier ! Et demain c'est de l'aujourd'hui en préparation. Ceux qui aiment à parler du passé avec une nostalgie affirmée utilisent volontiers le conditionnel passé : le temps du regret ou du reproche. Un temps inutile en somme puisque aujourd'hui, c'est déjà demain en quelque sorte...