19/01/2017

LA LANGUE DES MEDIAS

Je viens de terminer l'ouvrage qui a pour titre "LA LANGUE DES MÉDIAS" avec pour sous-titre "déstructuration du langage et fabrication du consentement", dont l'auteure est Mme Ingrid Riocroux, chercheuse associée à l'Université Paris IV.

Disons-le d'emblée, la profession de journaliste en prend pour son grade. L'auteur démonte, au moyen de très nombreux exemples, la manière qu'a le Journaliste de prendre parti, souvent inconsciemment, et de se mettre du côté de ce qui est moralement acceptable, dans le camp du juste. On peut notamment lire, sur la dernière de couverture : "(...)Prenant pour des données objectives des opinions qui sont en réalité identifiables à des courants de pensée, ils contribuent à répandre nombre de préjugés qui sont au fondement des croyances de notre société.(...)

La méfiance affichée envers la presse traditionnelle (écrite et audiovisuelle) par des citoyens déboussolés aurait-elle donc pour origine un exercice biaisé de la profession, à savoir présenter non pas des faits bruts en quelque sorte, mais enrobés dans une pincée de pensée dominante...L'auteur dénonce en outre les lacunes langagières, exemples à l'appui, de nombre de journalistes, ainsi que les interviewes orientées...

Cette manière de travailler du Journaliste a poussé à l’apparition de médias alternatifs, appelés par ceux-là mêmes qui la constituent la "réinfosphère " qui, elle aussi, se charge du "décryptage" de l'actualité en prétendant, semble-t-il à une meilleure objectivité. L'auteure met toutefois en garde : "Ils (les médias alternatifs) bénéficient d'une bienveillance et d'une confiance absolue de la part de leur public. Le problème réside dans le fait que, si la méfiance répandue envers les médias officiels incite beaucoup de gens à vérifier, autant que possible, les informations qu'ils délivrent, en revanche, la confiance aveugle investie par les mêmes personnes dans les médias alternatifs, quelle que soit leur tendance, entraîne une forme de paresse et une propension à prendre pour argent comptant les informations qu'on y trouve. Paradoxalement, la médiocrité avérée des grands médias stimule donc un esprit critique dont l'individu se départit complètement dès l'instant où il se sent dans un environnement idéologique familier. Comme si le fait de lire une information délivrée par quelqu'un qui pense comme lui le mettait à l'abri de la manipulation, du mensonge , ou seulement de l'erreur."(p.310)

L'étude de Mme Riocreux, très pointue et sans aucune concession indique à ses lecteurs que l'on ne devrait jamais accepter pour vrai et authentique un fait, une information, simplement parce que "c'est dans le journal". La lecture du livre propose de s'interroger sur les informations présentées par les journalistes et surtout sur la manière de les présenter, de les transmettre afin qu'elles aillent dans la direction du vent...

La quatrième de couverture précise en dernier lieu : "Ce livre est conçu comme un manuel de réception intelligente à l'usage des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs quotidiennement exposés aux médias d'information. Son ambition est de lutter à la fois contre la naïveté et la paranoïa complotiste afin de n'être plus "orientés par un discours orientant."

A lire de toute urgence. Et se forger sa propre opinion !

 

La langue des médias - Ingrid RIOCREUX - Editions de l'Artilleur - Paris 2016