Quand les mots perdent leur sens

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Depuis que les gilets jaunes sont descendus dans la rue en essayant de faire croire - et d'abord à eux-mêmes - qu'ils représentaient toute la France, on voit fleurir un peu partout des termes dont on imagine mal qu'ils sont en train de perdre leur sens. Et il y a, chez notre voisin d'outre Jura, une personne qui a focalisé sur sa personne tellement de détestation et de haine que le vocabulaire utilisé pour le critiquer est allé crescendo dans l'outrance et l'insulte : cette personne, vous le savez évidemment, c'est Emmanuel Macron. Il est accusé d'insulter ses compatriotes, ce qui justifierait chez ses détracteurs et contempteurs une violence verbale jamais atteinte en France à ce jour.

Il y a toutefois, parmi les loups, des chroniqueurs qui se rappellent à notre bon souvenir et qui n'hésitent pas à remettre les points sur les i quand on attribue à E. Macron le titre peu envié de dictateur. C'est le cas de Kamel Daoud, qui signe des chroniques régulières dans le Point et qui, dans le no 2420 du 17 janvier dernier remet le vocabulaire dictatorial à sa juste place, celle qu'il n'aurait jamais dû quitter.

Voilà ce qu'on y lit : "(...)Quelques mots sont à redéfinir d'urgence pour recouvrer la mesure. "Dictature" d'abord, utilisé à l'intention du macronisme. Certains oublient donc ce qu'est un dictateur. La littérature en a adouci les mystère brutal, le reportage en a fait un "sujet" exotique, les années 1970 étant un souvenir, on en parle aujourd'hui avec une dangereuse négligence. Un dictateur, c'est un homme qui prend le pouvoir à la vie à la mort. Qui tue la moitié de son peuple pour gouverner l'autre moitié agenouillée, qui a des prisons secrètes, une police secrète, une humeur secrète. Il est sanguinaire, fantasque, assassin. Il adore faire du pays une photo de lui-même, il aime la parade et le portrait géant. Le confort étant un abrègement inévitable de la mémoire, on semble avoir oublié ce qu'est un dictateur et on le voit partout, dans la presse et la parade.

""Violences policières". C’est l'usage que l'on fait de la police pour protéger un dictateur, ses proches, ses biens. C'est synonyme de sang, blessés graves, morts quotidiens, "disparitions" et procès de minuit. C'est loin de définir des heurts entre manifestants et policiers à Paris ou à Bordeaux."

""Résistance". Ce mot, en France,a une mémoire. Ce n'est pas un sticker jaune qu'on appose sur un bocal, un front ou un gilet. On peut faire de la résistance, mais pas se faire passer pour elle."

""Décapitation"."Monarchie"."Bastille"."Roi". On a suivi dans le reste du monde de remake faiblard et artificiel de la Révolution française dans la France des intox. Plus proche de la redéfinition de l’œdipe que de la vraie révolution. Ici, épouser la mère et errer, s., avec ces mots, certains veulent tuer le "père", épouser la mère et errer, aveugles et coupables." 

"(...)"

""Répression". Cela arrive de nuit. Vous êtes dans votre maison et on vous arrête - cagoule, menottes, cellule secrète, torture et PV à signer sous la menace de câbles électriques nus. Votre famille ne sait pas où vous êtes et votre vie dépend d'une ONG qui se bat pour vous en Europe. Votre corps devient un délateur contre votre âme, vous perdez vos dents et votre dignité. La fosse sera votre rêve nocturne, et, quand vous êtes libre, vous ne pouvez rien saisir de vos mains sans gémir et recompter vos doigts. Cela ne se passe pas ainsi à Paris"

"Tout cela pour revenir par des mots sur les mots. Ils sont dangereux. "Gazer"en est un de plus qu'il faut redéfinir avec précaution. Si, en France, on commence à abuser jusqu'au ridicule des mots "dictature" et "répression", que va-t-il nous rester à nous, au Sud, comme mots pour parler de nos sorts ?"

 

Si les mots ont encore un sens, alors faudra-t-il aussi redéfinir "honnêteté intellectuelle" lorsqu’on essaie, par d'innombrables abus de langage, de faire passer E. Macron pour un dictateur ou tout autre "titre" que seules la haine et la bêtise peuvent expliquer, mais sûrement pas justifier.

 

Lien permanent Catégories : France, Politique 2 commentaires

Commentaires

  • Bien d'accord avec vous. Décidément, les Français adorent les outrances. Et à part ça, entre nous, quel incroyable courage, ce Macron...Il a sûrement bien des défauts, une certaine outrecuidance, une arrogance certaine, mais d'Artagnan était une petite lopette à côté...

  • Bien d’accord avec Géo, avec un bémol : il n’ y a pas que les Français dans l’usage des outrances et de la détestation verbales. Certains blogueurs (euses) de cette plateforme n’y vont pas non plus avec le dos de la truelle… Ne parlons même pas des intervenants (es) qui se voient déjà à l’aube du Grand Soir, si j'ose dire.

    Par ailleurs, d'Artagnan était-il une grande ou petite lopette, la question reste ouverte, Dumas ne l'a pas précisé.

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