05/12/2014

Petit abécédaire. Aujourd'hui u comme utopiste

Il y a ceux de gauche voguant dans les nimbes du tout à l'état. Il y a ceux de droite vissés sur les ailes de la croissance. Tous voient dans les nimbes de la croissance des lendemains qui chantent comme Juan Diego Florez interprétant Bellini. Ils ? Oui ils ! Ceux qui ont définitivement abandonné tout dialogue avec l'autre pour ne se consacrer qu'aux délices de l'utopie. Mais elle les enveloppe, insidieuse, comme une discrète giclée radioactive autour d'une centrale nucléaire. Elle les extirpe - guidée par l'entropie - vers des extérieurs que les astrophysiciens eux-mêmes n'arrivent pas à définir. Mais qu'importe. Demain et ailleurs tout ne sera que nirvana. Il suffit d'en parler pour y être. Regardez-les dans les travées des parlements, ils sont là mais ailleurs, loin, très loin, nombreux.

Mais un beau dimanche. un bulletin de vote plus raturé que d'habitude, par un douloureux effet centripète, les aspire vers le bas et les projette au sol mais à l'extérieur. C'est la veste.

05/03/2014

Petit abécédaire. Aujourd'hui h comme hier

Je suis parfois traversé par un sentiment curieux. De très nombreuses personnes semblent se réfugier dans le passé afin de ne pas voir l'avenir à qui l'on attribue des noms comme chômage, Europe, étrangers, immigration, repli et bien d'autres. Serait-ce là une parade à la peur ? Cette peur qui amplifie tous les dangers. Celui de voir un criminel à tous les coins de rue ; celui de perdre son travail au profit d'un étranger ; celui de voir la Suisse adhérer à l'Europe ; celui de ne pas trouver d'appartement ; celui...

Mais voir l'avenir dans un rétroviseur ne pourra jamais constituer une bonne solution aux problèmes. Il et parfois utile de se référer au passé pour imaginer l'avenir. Et si l'on se réfère au passé, c'est que justement il est passé et qu'il est vain de vouloir y retourner. Se projeter dans l'avenir demande à la fois du courage et de l'humilité : du courage parce que tout n'est pas écrit par avance et de l'humilité au cas où l'on atteindrait pas les objectifs fixés.

Il importe de se dire que hier c'est demain par rapport à avant-hier et qu'aujourd'hui, c'est demain par rapport à hier ! Et demain c'est de l'aujourd'hui en préparation. Ceux qui aiment à parler du passé avec une nostalgie affirmée utilisent volontiers le conditionnel passé : le temps du regret ou du reproche. Un temps inutile en somme puisque aujourd'hui, c'est déjà demain en quelque sorte...

19/03/2010

Un mort à 460 volts

Je reviens quelques instants sur le "jeu de la mort" diffusé il y a quelques jours sur nos antennes suisse et française de télévision. Je ne sais pas ce que vous en avez retiré, mais en ce qui me concerne, j'en reste encore terrifié. D'abord par le nombre incroyable de candidats qui ont joué le "jeu" jusqu'au bout. Bien calé dans mon fauteuil, je me suis dit qu'il fallait être sacrément pervers pour infliger à son prochain des décharges électriques au fait qu'il ne répondait pas correctement à des questions sur un plateau de télévision. Non ce n'est pas possible, c'est une imposture, c'est une blague. Et puis j'ai été plus terrifié encore lorsque je me suis posé la question : "tu te serais arrêté à quelle décharge ? 20 volts, 120 volts, 460 volts ? Tu aurais tué un joueur pour une question futile ? Ma terreur est venue du fait que j'étais incapable de donner une réponse. Je ne sais pas ce que j'aurais fait à leur place. Alors bravo à tous ceux, quel qu'en fut le moment, qui ont dit "stop". S'opposer à "l'autorité" ne semble pas si aisé que cela.

En fait j'avais déjà vu le sujet il y a de très nombreuses années et j'avais été très impressionné. En remettant une couche, la télévision a sans le savoir, renforcé ma détermination à dire non si une si scandaleuse occasion devait se présenter.

Que dire maintenant de toutes les "autorités" qui imposent à leur concitoyens de commetre toutes sortes de choses, au nom de la raison d'Etat, de la défense du territoire, de l'idéologie, de l'honneur national, du racisme, de l'antisémitisme, de la haine et j'en passe en leur "promettant" le pire s'ils n'obéissent pas. Comment réagir face à ceux qui vous disent "on m'a obligé" ? "Je ne voulais pas, mais on m'a obligé ?"

Décidément l'animal humain est bien complexe et il est souvent très facile de se mettre du bon côté "a posteriori"

J'aimerais être sûr de répondre non si d'aventure on me demandait de pousser le levier des 460 volts au nom d'une autorité quelconque, fut-elle légitime.

12/07/2009

Toute ressemblance, etc etc...

INVENTAIRE (A la Jacques Prévert)

 

Il y a quelques années j’avais commis, dans le cadre d’une revue professionnelle, un texte en m’inspirant de Jacques Prévert, personnage pour lequel je ne saurais cacher mon admiration. Je le retrouve aujourd'hui et je vous le livre en pâture

 

 

Une ceinture de sécurité

deux récalcitrants

trois agents de ville

queatre morts

un enterrement

quelques orphelins

 

une interdiction de fumer

 

une douzaine de cigarettes un cancéreux de l’espoir

une grosse cotisation d’assurance

six médecins

un compte en banque avec beaucoup de zéros

trois semaines de vacances aux Canaries

 

Une autre interdiction de fumer

 

Une rue sans voitures

un gaz qu’on appelle oxyde de carbone

une rivière qui sort de son lit

un percepteur une faillite trois canards plumés

Un Conseiller d’Etat un siège en cuir

une veste

un rien qui amuse

un combat de gladiateurs

un député de l’opposition deux présidents de commission trois magouilles

            une petite porte de sortie

deux Maserati une vidange à cent cinquante-trois francs

un impôt sur le revenu trois chômeurs (dont l’un de longue durée) deux

            commandements de payer

une restructuration

une dépression nerveuse

un psychiatre deux mois d’hospitalisation trois années de souffrance

un pédégé à côté de ses pompes

une ficelle picarde deux crêpes au sucre une addition salée

une victoire à la Pyrrhus un exportateur d’armes deux F/A 18 un monde sans amour

            deux coups de poing un point de suture trois mois d’arrêt de travail

un con (modèle courant)

une entreprise hasardeuse une erreur de programmation de l’argent perdu un

            licenciement pour justes motifs

une tulipe hollandaise un ours de Berne

deux pommes fribourgeoises

 

un face-à-face une gifle une désespérée un costume noir

un jour sans soleil

une semaine sans pluie

un mois de congés payés

une année sabbatique

une minutes s’il vous plaît

une seconde trop

et…

 

cinq ou six interdictions de fumer

 

une jeune secrétaire qui entre dans une entreprise en riant

une vieille secrétaire qui sort de l’office du chômage en pleurant

une pelure de banane

deux mois de salaire

dix-sept ans de bons et loyaux services un directeur des ressources humaines

            chargé des sales besognes

un engagement avec beaucoup d’espoir autour

un requin

un maquereau

deux fois trois six trois fois trois neuf un bilan désastreux

une victoire de Waterloo

un waterzooie très réussi

un double cheese burger

une petite vérole un grand patron une barrique bordelaise une échelle des valeurs

deux hectares de pinot noir trois ans de cave douze bouteilles (soit un carton) mille

            et une occasions de se taire trente deux degrés Fahrenheit six Slaves de

            Slovaquie cinq mois avec sursis dix sous et le reste de choux sept vins capiteux deux doigts de porto dix grammes d’alcool trente jours de coma dont

            quinze aux soins intensifs cinq cures de désintoxication

 

et…

 

plusieurs interdictions de fumer

 

22:20 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |