Fiction

  • Petit abécédaire. Aujourd'hui u comme utopiste

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    Il y a ceux de gauche voguant dans les nimbes du tout à l'état. Il y a ceux de droite vissés sur les ailes de la croissance. Tous voient dans les nimbes de la croissance des lendemains qui chantent comme Juan Diego Florez interprétant Bellini. Ils ? Oui ils ! Ceux qui ont définitivement abandonné tout dialogue avec l'autre pour ne se consacrer qu'aux délices de l'utopie. Mais elle les enveloppe, insidieuse, comme une discrète giclée radioactive autour d'une centrale nucléaire. Elle les extirpe - guidée par l'entropie - vers des extérieurs que les astrophysiciens eux-mêmes n'arrivent pas à définir. Mais qu'importe. Demain et ailleurs tout ne sera que nirvana. Il suffit d'en parler pour y être. Regardez-les dans les travées des parlements, ils sont là mais ailleurs, loin, très loin, nombreux.

    Mais un beau dimanche. un bulletin de vote plus raturé que d'habitude, par un douloureux effet centripète, les aspire vers le bas et les projette au sol mais à l'extérieur. C'est la veste.

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  • Petit abécédaire. Aujourd'hui h comme hier

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    Je suis parfois traversé par un sentiment curieux. De très nombreuses personnes semblent se réfugier dans le passé afin de ne pas voir l'avenir à qui l'on attribue des noms comme chômage, Europe, étrangers, immigration, repli et bien d'autres. Serait-ce là une parade à la peur ? Cette peur qui amplifie tous les dangers. Celui de voir un criminel à tous les coins de rue ; celui de perdre son travail au profit d'un étranger ; celui de voir la Suisse adhérer à l'Europe ; celui de ne pas trouver d'appartement ; celui...

    Mais voir l'avenir dans un rétroviseur ne pourra jamais constituer une bonne solution aux problèmes. Il et parfois utile de se référer au passé pour imaginer l'avenir. Et si l'on se réfère au passé, c'est que justement il est passé et qu'il est vain de vouloir y retourner. Se projeter dans l'avenir demande à la fois du courage et de l'humilité : du courage parce que tout n'est pas écrit par avance et de l'humilité au cas où l'on atteindrait pas les objectifs fixés.

    Il importe de se dire que hier c'est demain par rapport à avant-hier et qu'aujourd'hui, c'est demain par rapport à hier ! Et demain c'est de l'aujourd'hui en préparation. Ceux qui aiment à parler du passé avec une nostalgie affirmée utilisent volontiers le conditionnel passé : le temps du regret ou du reproche. Un temps inutile en somme puisque aujourd'hui, c'est déjà demain en quelque sorte...

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  • Un mort à 460 volts

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    Je reviens quelques instants sur le "jeu de la mort" diffusé il y a quelques jours sur nos antennes suisse et française de télévision. Je ne sais pas ce que vous en avez retiré, mais en ce qui me concerne, j'en reste encore terrifié. D'abord par le nombre incroyable de candidats qui ont joué le "jeu" jusqu'au bout. Bien calé dans mon fauteuil, je me suis dit qu'il fallait être sacrément pervers pour infliger à son prochain des décharges électriques au fait qu'il ne répondait pas correctement à des questions sur un plateau de télévision. Non ce n'est pas possible, c'est une imposture, c'est une blague. Et puis j'ai été plus terrifié encore lorsque je me suis posé la question : "tu te serais arrêté à quelle décharge ? 20 volts, 120 volts, 460 volts ? Tu aurais tué un joueur pour une question futile ? Ma terreur est venue du fait que j'étais incapable de donner une réponse. Je ne sais pas ce que j'aurais fait à leur place. Alors bravo à tous ceux, quel qu'en fut le moment, qui ont dit "stop". S'opposer à "l'autorité" ne semble pas si aisé que cela.

    En fait j'avais déjà vu le sujet il y a de très nombreuses années et j'avais été très impressionné. En remettant une couche, la télévision a sans le savoir, renforcé ma détermination à dire non si une si scandaleuse occasion devait se présenter.

    Que dire maintenant de toutes les "autorités" qui imposent à leur concitoyens de commetre toutes sortes de choses, au nom de la raison d'Etat, de la défense du territoire, de l'idéologie, de l'honneur national, du racisme, de l'antisémitisme, de la haine et j'en passe en leur "promettant" le pire s'ils n'obéissent pas. Comment réagir face à ceux qui vous disent "on m'a obligé" ? "Je ne voulais pas, mais on m'a obligé ?"

    Décidément l'animal humain est bien complexe et il est souvent très facile de se mettre du bon côté "a posteriori"

    J'aimerais être sûr de répondre non si d'aventure on me demandait de pousser le levier des 460 volts au nom d'une autorité quelconque, fut-elle légitime.

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  • Toute ressemblance, etc etc...

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    INVENTAIRE (A la Jacques Prévert)

     

    Il y a quelques années j’avais commis, dans le cadre d’une revue professionnelle, un texte en m’inspirant de Jacques Prévert, personnage pour lequel je ne saurais cacher mon admiration. Je le retrouve aujourd'hui et je vous le livre en pâture

     

     

    Une ceinture de sécurité

    deux récalcitrants

    trois agents de ville

    queatre morts

    un enterrement

    quelques orphelins

     

    une interdiction de fumer

     

    une douzaine de cigarettes un cancéreux de l’espoir

    une grosse cotisation d’assurance

    six médecins

    un compte en banque avec beaucoup de zéros

    trois semaines de vacances aux Canaries

     

    Une autre interdiction de fumer

     

    Une rue sans voitures

    un gaz qu’on appelle oxyde de carbone

    une rivière qui sort de son lit

    un percepteur une faillite trois canards plumés

    Un Conseiller d’Etat un siège en cuir

    une veste

    un rien qui amuse

    un combat de gladiateurs

    un député de l’opposition deux présidents de commission trois magouilles

                une petite porte de sortie

    deux Maserati une vidange à cent cinquante-trois francs

    un impôt sur le revenu trois chômeurs (dont l’un de longue durée) deux

                commandements de payer

    une restructuration

    une dépression nerveuse

    un psychiatre deux mois d’hospitalisation trois années de souffrance

    un pédégé à côté de ses pompes

    une ficelle picarde deux crêpes au sucre une addition salée

    une victoire à la Pyrrhus un exportateur d’armes deux F/A 18 un monde sans amour

                deux coups de poing un point de suture trois mois d’arrêt de travail

    un con (modèle courant)

    une entreprise hasardeuse une erreur de programmation de l’argent perdu un

                licenciement pour justes motifs

    une tulipe hollandaise un ours de Berne

    deux pommes fribourgeoises

     

    un face-à-face une gifle une désespérée un costume noir

    un jour sans soleil

    une semaine sans pluie

    un mois de congés payés

    une année sabbatique

    une minutes s’il vous plaît

    une seconde trop

    et…

     

    cinq ou six interdictions de fumer

     

    une jeune secrétaire qui entre dans une entreprise en riant

    une vieille secrétaire qui sort de l’office du chômage en pleurant

    une pelure de banane

    deux mois de salaire

    dix-sept ans de bons et loyaux services un directeur des ressources humaines

                chargé des sales besognes

    un engagement avec beaucoup d’espoir autour

    un requin

    un maquereau

    deux fois trois six trois fois trois neuf un bilan désastreux

    une victoire de Waterloo

    un waterzooie très réussi

    un double cheese burger

    une petite vérole un grand patron une barrique bordelaise une échelle des valeurs

    deux hectares de pinot noir trois ans de cave douze bouteilles (soit un carton) mille

                et une occasions de se taire trente deux degrés Fahrenheit six Slaves de

                Slovaquie cinq mois avec sursis dix sous et le reste de choux sept vins capiteux deux doigts de porto dix grammes d’alcool trente jours de coma dont

                quinze aux soins intensifs cinq cures de désintoxication

     

    et…

     

    plusieurs interdictions de fumer

     

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